| Magazine Cuisine Bio N° 8 (trimestriel-été 2005) Cuisine Bio 74, rue Diderot 92500 RUEIL MALMAISON Textes Daniel Herbert Avec ses eaux d’une rare pureté, le nord de la Bretagne est un véritable éden pour les algues alimentaires. Petite excursion dans un jardin extraordinaire à l’heure de la récolte. La mer s’est retirée et a fait apparaître un empilement chaotique d’imposantes masses de granit luisantes que le soleil voilé du début de printemps ne parvient pas à sécher. Se détachant sur le fond de toile bleue de l’océan, deux silhouettes encapuchonnées s’affairent entre les rochers : ça y est, la récolte des algues a commencé ! |
Nous avons laissé Roscoff à une vingtaine de kilomètres derrière nous pour nous rendre sur ce bout de côte sauvage déchiquetée du Finistère en compagnie de Patrick PODEUR, le fondateur de BIOCEAN, une société spécialisée dans les algues alimentaires depuis plus de quinze ans. D’un pas rendu hésitant par la roche glissante, nous suivons tant bien que mal Patrick pour aller à la rencontre de deux cueilleurs qui remplissent leurs grands sacs de végétaux multicolores. « Ici, l’endroit est idéal pour réaliser une récolte d’algues dans les meilleurs conditions, nous confie Patrick. Regardez autour de vous : vous ne verrez presque aucune trace de civilisation, et surtout pas d’industrie ! En plus, sur cette côte, les eaux sont brassées en permanence par les courants, ce qui contribue à la qualité des algues. » |
| Pour ce qui est des endroits dans lesquels s’effectuent les récoltes, Patrick a déniché une quinzaine de lieux tout particulièrement privilégiés par la nature, dans une zone qui s’étend de Roscoff à la Pointe Saint-Mathieu, non loin de Brest. Mais Patrick ne se contente pas d’attendre la marée basse pour recueillir les algues. En effet, il va régulièrement les récolter dans leur milieu naturel en réalisant des plongées sous-marines. « Mon premier métier, c’était plongeur professionnel, entre autres sur les plates-formes pétrolières, raconte Patrick. Grâce à mon expérience, je suis aujourd’hui le seul en France à récolter par plongée des algues qui peuplent les fonds marins entre cinq et quinze mètres de profondeur et qui n’émergent jamais. Parmi les variétés que je remonte de mes plongées, même si les algues pour les cosmétiques dominent, je n’en oublie pas pour autant les algues alimentaires, comme l’impressionnant Kombu royal. » |
Et ce n’est pas tout, car en plus d’être cueilleur et plongeur, Patrick est aussi… cultivateur ! « Nous avons parlé jusqu’à présent des algues sauvages, nous éclaire-t-il. Mais il en existe une autre catégorie, celle des algues cultivées. Cette méthode, venue du Japon, permet de s’affranchir des contraintes des marées Une seule variété d’algue est actuellement obtenue par culture, le wakame, l’une des plus répandues pour les usages alimentaires. En pratique, cela se passe de la façon suivante : dans notre concession située à environ 1 kilomètre de la côte, nous immergeons à 2 mètres sous la surface de l’eau une fine cordelette imprégnée de spores de wakame, laquelle est elle-même enroulée autour d’une corde plus épaisse. L’ensemencement par les spores, qui sont en quelque sorte des « bébés algues », a lieu en octobre et la récolte se fait en mars, lorsque la Wakame a atteint une taille de plus de 2 mètres. » |